La Bioéthique et l’embryon



Quels enjeux après la controverse du Téléthon ? *


ARDUIN P.-O. - Préface de Mgr D. Rey - Paris - 2007.


En 2006, une polémique a surgit en France sur la participation des catholiques au Téléthon. Auteur de la note de mise en garde qui déclencha cette controverse, P.-O. Arduin explicite à présent son point de vue en l’élargissant à d’autres problèmes en bioéthique. Il nous offre ainsi des repères pour décrypter les enjeux et montre le poids du relativisme éthique ambiant et de l’utilitarisme post-moderne. La question centrale n’est-elle pas de savoir si l’embryon est un être humain (1) ? Avec précision, l’A. déploie ses arguments fondés en raison. Il montre le rôle déterminant de l’Eglise dans la défense de la dignité personnelle du tout-petit. Il dénonce ensuite les ambiguïtés des discours ambiants favorisés par l’instrumentalisation complaisante du langage lui-même (2). Quel est ce "meilleur des mondes" que la science construit (3) ? Où en sont les thérapies régénératrices par cellules souches (4) qui justifient une emprise totalitaire sur l’embryon (5) ? Comment sortir du relativisme éthique sans renouer avec un minimum de métaphysique (6) ? Après l’épisode du Téléthon, une porte semble à nouveau ouverte pour un débat public : comment rester attentif au "mystère" de l’homme et à sa vérité (7) ? L’A. montre ce qui, selon lui, devrait nouer le dialogue entre les hommes de bonne volonté : une éthique personnaliste universelle (8). Il exprime ainsi son souhait. "La réflexion des chrétiens à propos des enjeux bioéthiques d’aujourd’hui repose d’abord sur une conception juste et argumentée de la personne humaine. Il s’agit de reconnaître en l’être humain une réalité constitutionnelle incontournable qui fait de lui le sommet du monde visible.


La grande tradition personnaliste sur les plans éthique et politique a toujours pris comme point de référence l’être humain considéré à la fois comme la source et le couronnement de toute organisation ou décision au sein de la cité. Pour que la bioéthique ait un sens, elle ne peut s’affranchir du fait que le premier bien fondamental, et donc le premier droit, d’un être humain quel qu’il soit, est sa propre vie. Tout ce qui pourrait conduire à l’élimination d’un être humain doit être considéré comme la plus grande privation et la plus grande violence qui puissent être infligées à un homme" (p.151). Le dialogue a toujours comme objectif de "faire la vérité". Dans le domaine socio-politique, cette vérité ne se fait pas sans combat : il est donc important de se situer face à l’enjeu prochain qui est, pour la France, la révision de la loi de bioéthique de 2004 (9). Un dernier chapitre ouvre des pistes pour des chrétiens qui ne sont pas respectés dans leurs avis et leurs arguments : le dynamisme éthique de l’objection de conscience.


Le livre se conclut sur cette attitude "positive" à promouvoir car l’objection de conscience n’est jamais et avant tout que l’obéissance à une loi supérieure, la lex naturalis, la fuite du mal pour embrasser le bien. Elle ne se limite pas à un non mais porte en soi une dynamique considérable d’édification du bien. L’objection de conscience permet, à partir de la justice que nous reconnaissons comme intérieure à nous de répandre la justice à l’extérieur de nous. (p.186). Cette thématique très actuelle reste encore à approfondir et à expliciter dans des contextes socio-culturels différents.


Alain Mattheeuws s.j.