Médecine et justice face à la demande de mort


MAGENDIE, J-.C,-Espace Ethique - Collection, Paris, 2004 —Traditionnellement, dans une enceinte judiciaire, la demande de mort est le fait de l’accusation. À des juges, ce que l’on demande, c’est la mort, la mort d’un autre ou, en tout cas, la condamnation la plus lourde possible, dans les nations civilisées qui ont supprimé de leur arsenal répressif la peine capitale. La demande de mort n’a, on l’aura bien compris, rien à voir avec cela. Ici, celui qui demande la mort ne le fait pas pour réclamer vengeance, bien au contraire. Il n’a d’ailleurs pas commis de faute. Mais poursuivi par un mal incurable, victime lui-même d’une maladie qui s’est invitée dans son corps ou dans son esprit, qui est entrée sans frapper, par effraction, et s’est installée en lui au point d’y prendre ses habitudes et de ne plus vouloir le quitter, hanté par la déchéance physique qui le guette, habité, parfois, par la honte de la fragilité due à son état, celui ou celle qui a perdu le goût de vivre à un prix qu’il estime trop élevé, l’homme ou la femme qui n’a rien demandé mais qui doit affronter ce mal qui le ronge, en vient à demander la mort. Et c’est pour lui qu’il la demande. -