L’Homme Artificiel



Essai sur le moralement correct.


Dickes Jean Pierre - Ed. De Paris - 2006 *


Jean-Pierre Dickès est médecin, et Godeleine Lafargue, sa fille, docteur en philosophie. Leur livre se compose d’informations de première main concernant la recherche biologique et son financement, et de la synthèse d’une masse d’informations accessibles au grand public.


Il porte sur la manière dont la société d’aujourd’hui gère les considérables découvertes intervenues en biologie depuis la seconde moitié du XXe s. : greffe d’organes, reconstitution de tissus par cellules souches, fécondation in vitro et autres manipulations embryonnaires, création de "chimères" homme-anima, clonage et création d’un placenta On travaille à la création artificiel qui devrait permettre de développer complètement par "ectogenèse" dans des incubateurs, en dehors de tout organisme maternel un fœtus appelé à devenir “l’homme artificiel”.


A vrai dire l’homme en la personne des jardiniers et des éleveurs par sélection et croisement d’espèces gère le matériau de la vie végétale et animale depuis la nuit des temps. Mais lorsque l’homme a la puissance de gérer sa propre vie, il faut bien se demander qui a le droit et le pouvoir de gérer la vie, la mort et la transformation de ses semblables ? dans quel but et comment se font les choix indispensables dans les limites du budget de la recherche ? Ce ne sont pas des questions scientifiques, mais idéologiques et politiques.


La fécondation in vitro qui permet la naissance d’environ 10 000 enfants chaque année pour un coût total estimé à 170 millions d’euros, soit le prix d’un gigantesque complexe médical. Les enfants ainsi obtenus, sont assez souvent prématurés par suite de grossesses multiples, seraient porteurs de malformations graves. On aurait pu la déconseiller et privilégier la guérison in utero de fœtus atteints de malformations bénignes aujourd’hui avortés ou la recherche sur les causes de la stérilité des demandeurs.


C’est tout le contraire parce que la fécondation in vitro est le chemin qui mène à l’ectogenèse, qui est la “quête du Graal", de savants ambitieux de rivaliser avec le Créateur : l’invention qui permettra de planifier la population de la planète et de réaliser la parfaite égalité des sexes en dispensant les femmes des corvées de la grossesse et de l’accouchement. Le jour où ils réussiront sera le plus formidable événement de l’histoire de l’humanité. Et le Dr Dickès d’imaginer ce que serait le sort d’enfants sans famille nés dans ces conditions "esclaves bons à vendre, fournisseurs de pièces de rechange pour organismes malades…


Il est intarissable sur les effets pervers des décisions orientées vers cette fin qui constituent ce qu’il appelle le “moralement correct” : le plaisir sexuel sans limite et la consommation comme unique sens de la vie humaine, le développement du sida, de la consommation de drogues, du nombre des suicides, etc.


"Ceux que Jupiter veut perdre les rend fous. Mais qui tient le rôle de Jupiter ?" La haute finance ? les sociétés d’inspiration maçonniques ?


Là-dessus les auteurs restent dans un certain vague. Et quel est, apparemment, le projet de ce "Jupiter" ? une société future qui, avec les apparences de la démocratie, serait un système d’esclavage où les esclaves, dirigés par une petite caste de "Happy few", auraient l’amour de leur servitude...


Et ressurgit le souvenir de Brave New World, en français le Meilleur des mondes, roman visionnaire d’Aldous Huxley, qui dès 1932 imaginait une société totalitaire utilisant la génétique et le clonage pour contrôler les individus et les conditionner par divers procédés dont une drogue, le soma, assurant leur satisfaction d’être ce qu’ils sont. Bien entendu il y des lois. Les politiques ne permettent pas tout. Mais elles sont peu cohérentes et changeantes.


On a remplacé la "morale" stable issue des commandements de Dieu, par l’“éthique” qui ne se fonde que sur un consensus temporaire. Et on connaît les procédés utilisés pour faire évoluer l’opinion publique et lui faire accepter l’inacceptable. Elle remet en question constamment, sous le nom de “tabous”, les règles simples, naturelles et universelles qui permettaient à l’homme de vivre en société dans le respect des autres. Et ces règles, beaucoup de savants ont la passion de les transgresser.