La quête de la guérison



Meslin M., Proust A., Taran-Masquelier Y. et coll. - Paris - Bayard - 2006 - 410 p. *


Un livre étonnant par la richesse des points de vue sur la souffrance et le mal, la douleur". Médecins, mais aussi philosophes des religions, anthropologues, théologiens, historiens se sont retrouvés autour de ce thème pour l’aborder d’une part sous l’angle de l’apport des traditions religieuses et le vécu de la souffrance humaine et d’autre part pour aborder la souffrance en soi.


Au XXIè siècle, il est désormais possible de distinguer douleur physique et souffrance morale, psychique ou spirituelle. Même si les auteurs soulignent que, jusqu’à il y a encore quelques années, il était impossible d’avoir une vision dualiste de la douleur-souffrance et que toute l’humanité où qu’elle soit, quelles que furent les religions professées, a tenté de donner du sens à cette douleur, qui amenait bien souvent la mort et donc la question de la finitude. Ce livre montre combien l’humanité a essayé de se construire une raison face à l’irraisonnable.


Il est dès lors difficile de montrer les aspects différents en quelques lignes auquel le soignant aura l’intérêt de se référer pour apprendre les différentes compréhensions de ces maux selon la lecture juive (dans plusieurs chapitres), chrétienne (plusieurs chapitres), musulmane, hindoue, bouddhique, chinoise, africaines, et aussi chez les mayas et aztèques. 


La seconde partie du livre aborde la souffrance un peu autrement. "Pour quoi souffrir" montre que la souffrance et la douleur sont parfois ressenties comme acceptables voire recherchées puisqu’on souffre pour être initié, être puni, être guéri, ou être sauvé, comme le vivent certains mystiques.


Comment vivre ou accompagner la souffrance de l’autre, demandent d’autres auteurs ? Le rapport à autrui face à sa souffrance est difficile à analyser, à codifier. Comment passe-t-on dans notre modernité de l’essai de donner du sens de la souffrance par le religieux, à un autre regard plus technique, plus médical et donc plus normatif ? 


Il n’y a pas de souffrance sans mémoire. Dès la naissance, l’humain est placé en situation de douleur, de souffrance. Qu’en retient-il ? Qu’en dit la médecine ou les sciences cognitives ? Comment les religions pensent elles mémoires, ancêtres et intégration de la douleur et souffrance pour la vie au quotidien. La mémoire n’est-elle pas non plus "rempart à la barbarie" dit l’auteur de cet article.


Comment ensuite la parole est traversée par la souffrance et la souffrance traversée par la parole proposent deux auteurs suivants psychanalyste et anthropologue. Comment la parole permet de la mettre à distance et comment mettre de la distance entre le corps souffrant ou endolori et le soi pour poser la parole. Cette parole qui amène à dire la vulnérabilité, la fragilité humaine si universellement partagée.