Anthropologie et humanisme



Francis Jacques et coll. - Paris - Editions Parole et Silence - 2006 - 167 p.


Lors de l’association des philosophes chrétiens, Francis Jacques invite de nombreuses personnalités de champs disciplinaires différents. Lors du colloque sur la connaissance de l’homme au sein de son univers, il montre combien il y a plusieurs manières de comprendre l’homme, plusieurs façons d’aborder l’anthropologie scientifique, philosophique, théologique et que toutes se fécondent mutuellement et devraient nous aider à mieux aborder cet...??? Ellrodt rappelle l’histoire du "je" et du "soi" à partir de l’antiquité jusqu’à sa remise en question par Montaigne et puis avec St Augustin qui semble découvrir les paradoxes du souvenir et de l’oubli. Il fait ensuite réfléchir sur la différence entre conscience de soi, affirmation de soi et attention à soi qui est au cœur de la démarche tant romantique cette conscience de soi qui exalte le sentiment narcissique du moi que de celle des existentialistes essentialistes voire de la dénégation du soi par d’autres comme par certains psychanalystes.


Lambert place sa réflexion sur les contraintes anthropiques c’est à dire sur les bizarreries qui ont pu permettre la vie sur terre et l’homme de surcroît. Comment comprendre avec les yeux d’un scientifique la naissance et la complexification de la vie ? Faut-il voir une évidence à partir des données scientifiques (concordisme) ou au contraire séparer toute approche scientifique d’une approche métaphysique ? Comme Bergson, faut-il refuser comme des évidences le finalisme ou son envers le mécanisme ? Peut-on considérer qu’il est possible de défendre la finalité métaphysique de l’univers sans nier les acquis de la science la plus récente ?


Ph. Sentis se demande quelles peuvent être les différences ontologiques entre animaux et humains. Il souligne que l’évolution de l’homme qui paraît comme spécifique depuis des millénaires n’est en fait que simple adaptation à des contraintes. Il rappelle cependant que d’autres phénomènes telles que la mise en scène de la mort, la création de sépultures, la rébellion d’Antigone ou toutes émotions artistiques voire l’envie de liberté exaltée qui donne sens à son histoire ne sont pas en faveur d’une simple adaptation et soulignent la place particulière de l’homme.
A. Fagot-Largeau présente les techniques de clonage et en discute les questions éthiques. Elle rappelle que les options morales sont très directement liées à une culture.
Une des dernières questions posées est que face aux ressources financières limitées, il est nécessaire de se demander quels sont les choix les plus appropriés : favoriser le clonage ou investir sur d’autres soins.
P. Duponcheele essaye de gérer la tension entre l’anthropologie philosophique et la théologie.


En quoi comprendre l’homme permet d’atteindre Dieu, et en quoi Dieu se parle pour dire l’homme.
B. Sesboüé présente des réflexions à partir de l’anthropologie de St Augustin en 4 étapes : l’homme est-il créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ? L’homme est-il né avec un péché originel ? L’homme est-il restauré dans son humanité par le Christ ? Comment vivre le rapport entre grâce et liberté ?
S. Goyard-Fabre met en évidence que l’homme est aussi compris à partir de la notion qu’il a de justice, dans son ambivalence face à ses détracteurs, face à ses contradictions, face à ses outrances, face à son "insociable sociabilité" comme le disait déjà Kant. Que demande l’homme blessé à la justice sinon de renouer le consensus face au dissensus ! Mais que dire avec Antigone de l’injustice de la justice elle-même ?
M. Delsol explore le schisme entre scientifique et religieux. N’est-ce pas d’abord un conflit de pouvoir ou d’autorité qui dicte leur opposition alors qu’il est probablement plus juste de dire que chacun apporte une vision de l’homme ?
P. Magnard part d’une remarque faite en 1817 par un prêtre qui parlait des maux affectant son siècle : libéralisme, individualisme, esprit de libre examen, refus de toute autorité transcendante. Cela semble bien actuel d’après Magnard et il montre combien le désespoir de Kierkegaard, puis celui des fervents du nihilisme (Foucault, Deleuze, Derrida, Lyotard) semble dominateur actuellement. Comment vivre désormais face à cette déshumanisation par perte du sens, par perte du symbolisme qu’essayent de combler des substituts telle qu’apparaît être le développement d’une culture rationnelle ?
Ce livre est une très bonne entrée dans le monde de la question de l’homme sur lui-même avec différentes approches. La posture de départ des intervenants est connue et permet de ce fait de mieux comprendre leur démarche.