Le sacrement de mariage


Enseignement donné Rassemblement des Equipes Notre Dame, Lourdes, septembre 2006.

Père Alain Mattheeuws s.j. Priscilla et Jean-Louis Simonis
Aux amoureux, tout semble possible et facile. Pour d’autres, parfois après l’épreuve du temps ou d’autres événements, le seul refrain vrai semble être le suivant : "Qu’il est difficile d’aimer". Où est la vérité de l’amour ? Où est la vérité de la relation homme-femme ? Quelle en est sa source ? Quel en est son chemin ? Quelle en est sa finalité ? Depuis des millénaires, les hommes et les femmes se sont aimés. Les cultures et les religions différentes ne sont pas restées muettes et leur enseignement de sagesse offre à l’humanité de grandes richesses. Mais que nous dit Dieu de l’amour conjugal ? L’Alliance entre l’homme et la femme ne fait-elle pas l’objet d’une révélation ? Que dit le sacrement de lui-même ? Le don d’une liberté L’Eglise, même dans des conditions culturelles différentes, insiste sur la capacité de l’homme et de la femme à s’engager librement dans l’amour, l’un vis à vis de l’autre et devant Dieu. Dans la liturgie, une des questions posées aux futurs époux est la suivante : Etes-vous venus librement et sans contraintes ? C’est une condition de validité du sacrement. Bien sûr, notre liberté est toujours conditionnée, mais elle n’est jamais totalement sous conditions. Pour se donner l’un à l’autre, il convient que l’engagement soit le plus "déconditionné" possible : ce n’est pas par habitude, par intérêt, par nécessité que les époux se promettent l’un à l’autre. Il n’y a pas d’amour dans la crainte et la contrainte. La vérité vous rendra libres, dit Jésus. L’amour vrai ne respire que dans un climat de liberté et ne peut pas grandir sans cette liberté que l’on s’accorde l’un à l’autre avec confiance. La beauté de ces libertés qui s’offrent l’une à l’autre, c’est qu’elles décident de ne plus décider sans l’autre. Elles se fixent une "noble" condition à leur liberté personnelle : l’autre conjoint. On offre ainsi sa liberté pour en "trouver une autre", plus ample par la communion personnelle. On entre dans un "exode" de soi pour goûter une "nouveauté" : on passe d’un "ego" à un "duo". Cette liberté dans le couple est fondée et finalisée par l’amour. Elle change concrètement la vie puisque le vivre ensemble amplifie toutes les manifestations de la liberté individuelle. Ce don de ma liberté individuelle est générosité, abondance et s’oppose à une vision égoïste du couple. Le couple dilate la liberté et les conditions de liberté de chacun des conjoints dans l’amour. Un des signes privilégiés de l’engagement libre est le "oui". Dire "oui", c’est s’ouvrir à un projet commun, c’est répondre à un appel que l’on a pressenti, deviné, entendu. Dire "oui", c’est répondre de tout son être, particulièrement dans le consentement conjugal. Le plus souvent, les amoureux ont dit de multiples manières qu’ils se désiraient, qu’ils voulaient construire quelque chose de durable ensemble, qu’ils s’aimaient pour toujours. La promesse échangée, c’est un "oui" mutuel, accueilli, comme un cadeau personnel. Un "oui" qui fait rêver et entrer dans une terre nouvelle, une terre à cultiver, à rendre belle : le mariage. Ce "oui" n’est pas toujours facile à donner. Pour ceux et celles qui pressentent la portée de l’engagement, ce "oui" contient tout le poids de ce qui est espéré et toute l’exigence de ce qui va advenir. Le "oui" est un risque, non pas un refuge, mais une aventure qui commence.

P&JLS : Nous le savons bien, comme couple chrétien, ce "oui" suivi de "je te reçois comme époux, comme épouse, et je me donne à toi pour t’aimer et te chérir tout au long de notre vie, dans les bons et les mauvais jours, dans les joies comme dans les peines jusqu’à ce que la mort nous sépare", ce petit "oui" donc de 3 lettres seulement, contient comme la semence, comme le germe de toute notre vie future de couple. 3 voyelles ; 3 notes cristallines qui contiennent toute la symphonie de notre vie. Elles résonneront particulièrement comme une action de grâces dans les "bons jours" et comme un "appel au rappel" dans "les mauvais jours". Nous disons souvent que nous nous marions tous les jours. Même si nous ne prononçons pas explicitement les paroles de notre engagement, tous les jours nous revivons ce "oui" comme le don que nous nous faisons l’un l’autre de notre vie : "Aujourd’hui je te reçois et me donne à toi…". Notre prière en couple, le soir sur nos bancs de prière, est comme le jour de notre mariage. Nous rendons grâce au Seigneur d’avoir été avec nous tout au long de la journée et nous nous confions l’un l’autre à Lui. Il est proche comme un père très aimant. Il raffermit notre couple grâce à sa tendresse pour nous deux. Que ce "oui" de l’homme et de la femme s’exprime publiquement devant la famille et des témoins est particulièrement symbolique. La parole prononcée est compréhensible pour tous. Elle permet à tous de se réjouir d’un tel amour, d’un tel engagement, d’un tel espoir. Toute promesse a besoin d’un tiers. Les témoins qui entendent la parole du "oui" ne sont-ils pas d’ailleurs les témoins de Dieu qui lui aussi, entend le "oui", partage le "oui", dit "oui" également à cette volonté d’aimer ? Si l’être humain est digne d’un "oui", combien ce "oui" le transforme : dès lors, ils ne sont plus deux, mais ils sont "un" ! Dieu se réjouit du "oui" parce qu’il est l’amour. Dire "oui" à l’amour, c’est dire "oui" à Dieu, le louer, rendre visible son dessein sur la création de tout homme.

P&JLS : Nous devenons ainsi une nouvelle entité. Nous pouvons parler de "nous", agir au nom d’un "nous" pour ensemble entrer dans une autre liberté, celle de se donner à deux aux autres. Lorsque nous étions fiancés, nous avons participé à une manifestation qui voulait attirer l’attention sur l’inadaptation des transports en commun aux handicapés. On nous avait confié Marthe, paralysée dans sa chaise roulante. Nous l’avons promenée durant tout un samedi dans les trams bruxellois. Une fois mariés nous avons continué à lui rendre visite régulièrement. Percluse sur son lit, elle nous recevait avec une telle joie, que nous rentions transformés chez nous. Ce petit bout de temps libre offert librement à Marthe a renforcé notre amour conjugal, a soudé notre couple comme "entité" qui était capable de se donner à son tour. Un don total Se donner pour quoi ? Quelle est la finalité de ce don exigeant et entier, qui prend toute la personne ? En ce sens, le don personnel est à la fois "ouvert" à plus grand que la personne qui se donne et à une réalité qui la dépasse : le couple, la famille.
Les personnes ne sont pas "esclaves" de ces entités abstraites mais à la constitution de l’unité conjugale et familiale, au service d’un "mystère" qui les dépasse mais qui n’existe pas sans leur collaboration et leur présence. Le don a cette ampleur. C’est pourquoi, il est normal qu’il soit total. Chacun se trouve soi-même dans une unité nouvelle : "une seule chair". Un tel don suppose une confiance radicale, qui ne met de limite ni dans celui qui se donne ni dans celle qui reçoit ce don personnel. Chacun des conjoints donne le meilleur de soi mais aussi ses limites, ses imperfections, ses faiblesses. Il donne tout en se donnant. Le conjoint ne peut pas rester un célibataire. Il est conjoint à l’autre : donc, il se livre à autrui dans sa "nudité", c’est-à-dire dans la vérité de sa personne, tel qu’il est. Cette vérité est bien sûr approchée et devinée avant le consentement, mais elle se découvre également dans l’acte de se donner. La promesse fait jaillir la vérité de chacun. Il y a un saut à faire, un risque à prendre : ils permettent la découverte d’une nouveauté. Ce don n’est pas une fusion ou une dilution des personnalités dans un tout uniforme ou une entité qui asservit les libertés humaines. Le couple n’est pas une mini-entreprise auquel il faut tout sacrifier. Si l’on parle de don total et exclusif, c’est à la condition suivante : que chacun garde sa personnalité et trouve dans ce don le "terrain favorable" pour grandir, se fortifier, s’épanouir en amour. Et il est vrai, même si c’est difficile, que l’on peut rester soi-même en posant un regard d’admiration et d’encouragement pour l’autre. On peut rester soi-même en aimant et en cherchant à promouvoir l’autre. C’est à cette condition que l’amour vrai fleurit et que l’unité conjugale prend consistance. Ensemble, nous construisons dans l’amour ce qui nous dépasse et qui, en même temps, nous donne d’être bien nous-mêmes à nos yeux, aux yeux des autres, aux yeux de Dieu.

P&JLS : Interrogée sur l’image qu’elle a de ses parents, une de nos filles écrit : "Ce que j’admire particulièrement chez mes parents, c’est le respect qu’ils ont l’un envers l’autre. […] Il est très important de respecter que l’autre soit différent. En respectant cela, on lui permet de garder sa liberté. Permettre à l’autre d’être libre d’être soi-même. Enlever cette liberté à l’autre, serait le rendre malheureux et l’empêcher de s’épanouir. Et par la suite, cela deviendrait un frein à l’épanouissement de son propre couple". Ce don total suppose en effet le respect et l’écoute l’un de l’autre. Le "total" ne peut jamais devenir totalitaire. Ce qualificatif implique que chacun s’engage librement à respecter l’autre dans son être le plus profond. L’autre ne peut pas devenir l’esclave de mes désirs, de mes projets, de mes volontés. Je ne suis pas le gendarme de l’autre. Chacun est gardien de l’être d’autrui dans son mystère inviolable. Le respect passe par l’écoute de ce qu’est l’autre dans sa différence. On touche là une transparence qui n’est pas "glaciale", mais chaleureuse, respectueuse du mystère d’autrui, de sa beauté, d’une part de son jardin secret. Cette transparence mutuelle est une condition de la totalité du don et permet à celui-ci de prendre toute son ampleur dans l’histoire du couple et de la famille. Elle alimente le respect et la confiance, même s’il faut traverser certaines obscurités, incompréhensions, limites indépassables. L’autre dans son don total est toujours plus grand que les expressions qu’il donne à ce don. Ses limites ne sont pas la preuve que son don n’est pas total mais elles montrent à la fois que ce don existe au-delà des apparences et qu’il peut être renouvelé et enrichi par la grâce divine. Un don définitif et pour toujours Est-il possible de se donner et de continuer à se donner de la même manière, avec la même intensité, dans la durée ? Pour la plupart de nos contemporains, le doute s’est installé ne fut-ce que parce que le temps de la vie conjugale a clairement augmenté par rapport aux générations antérieures. Culturellement on a soif d’un amour qui traverse la mort et qui rime avec "toujours" et, en même temps, certains pensent à une fidélité successive : la femme de mes désirs, celle avec qui je bâtis ma vie professionnelle, la mère de mes enfants, l’amante passionnée à l’âge où sévit le "démon de midi", la compagne de mes vieux jours…L’indissolubilité du lien conjugal est non seulement difficile à respecter mais à comprendre et à promettre. Le temps est perçu comme un ennemi de l’amour : il use ce qui est bon. Certains voudraient s’accommoder de ces nouvelles données et concevoir des modèles conjugaux plus souples.

P&JLS : Et pourtant lorsque nous interrogeons les jeunes d’aujourd’hui sur le bonheur, sur les valeurs qui sont importantes pour eux, la grande majorité répond "la famille", "une famille où il y a la paix, la tranquillité, la joie, le partage" nous dit encore notre fille... "Nos parents prenaient le temps pour nous, ils nous considéraient, nous écoutaient, nous aidaient,... Tout cela ils arrivaient à le faire car leur propre couple était en paix, en harmonie !" "A nous maintenant d’essayer de suivre ce bel exemple afin de rendre nous aussi, mon mari et moi-même, des enfants heureux et bien dans leur peau !" Les fiancés et jeunes foyers mettent donc en tête de leur échelle de valeurs "réussir ma vie de couple, afin de rendre, ensemble à notre tour, des enfants heureux". La vie des parents est alors observée à la recherche d’un exemple à suivre, d’une recette du "comment s’y prendre". "Ce que j’admire […] chez mes parents, c’est qu’après 30 ans de mariage, ils sont toujours aussi amoureux. Comme un couple "Just Married" ! Je le sais car je le vois ! Beaucoup de couple ne s’embrasse plus ou ne partage plus aucune tendresse après autant d’années de mariage mais eux... oui !". Le don conjugal est imprégné de cette volonté d’amour qui fait foi en l’autre à travers tout et qui espère les fruits de cet amour au fil du temps. Le temps est un allié des conjoints s’ils vivent leur amour comme une alliance respectueuse de ce qu’ils sont. On comprend combien ce don définitif ne peut pas reposer uniquement sur les sentiments ou les qualités extérieures de l’homme ou de la femme. La vie est parfois dramatique et l’amour ne peut que communier à cet aspect de la réalité : la maladie, les changements du désir et les infidélités. L’amour est plus fort que tout si la volonté des conjoints s’explicite régulièrement en continuité avec la promesse initiale. Se marier chaque jour parce que chaque jour est un jour nouveau où la liberté est appelée à dire et redire le "oui". Le temps est l’ami de l’Amour. Sans lui, que de gestes et de paroles qui ne peuvent éclore ! Avec lui, que de découvertes imprévues et quelle fécondité ! La volonté de se donner sans retour est une condition d’un amour vrai et sincère. Cette volonté est aussi le terrain de la fidélité. La promesse de deux êtres qui touchent à ce point la racine de ce qu’ils s’offrent l’un à l’autre, ne peut être que définitive sinon elle se transforme en un jeu ou un artifice de l’amour. Promettre de s’aimer de manière conjugale, c’est promettre d’aller jusqu’au bout de l’amour. La génération des enfants n’est pas une condition de cette fidélité, mais elle confirme dans le temps la visée de l’amour conjugal, appelé à devenir familial. La plupart de ceux qui se marient à l’Eglise voyagent entre le sentiment de demander à Dieu son aide pour fortifier leur amour et parfois l’appréhension d’un engagement qu’ils savent décisif et définitif au niveau de la foi. De fait, Dieu n’ajoute pas au don des époux comme un vernis d’indissolubilité par le sacrement de mariage. L’amour est déjà promesse de vie et d’éternité. Mais la grâce divine y trouve bien sa place. Dieu scelle l’alliance des époux : il la conclut parce qu’il était à l’origine de cet amour et qu’il décide avec les époux de rester jusqu’à la fin. Un don fécond, ouvert sur le surcroît de l’amour Se donner totalement à autrui, c’est éprouver que l’amour, dans son mouvement de "sortie de soi", nous dépasse, nous mène vers un "imprévu" et un "plus". La fécondité d’un couple s’exprime dans cet élan et dans ce dépassement. Elle englobe tout le champ de la vie commune. Elle ne se confond pas avec l’efficacité qui est plus d’ordre technique. La fécondité a toujours les traits d’une gratuité et est liée au bonheur de la personne, à sa joie, à son épanouissement, à la découverte de ses qualités, à sa force pour surmonter les peines et les obstacles. L’amour conjugal et parental est fécond à tous les âges de la vie. Les enfants qui ont quitté le nid familial restent nos enfants : nous restons parents jusqu’au bout. Tous les couples sont féconds. Cette fécondité prend "visage" dans le temps à travers une dynamique du don qui ouvre l’homme et la femme à toutes les valeurs de la personne. Le couple et la famille trouvent leur fécondité dans le don-de-soi aux autres. "Elargis l’espace de ta tente", nous dit le prophète Isaïe. Le couple n’est pas une finalité absolue. C’est dans la mesure où il "se perd" qu’il "se trouve". L’amour vaut en soi, mais il est toujours "sortie de soi" pour aller vers l’autre. La clé de la fécondité est dans le "désintéressement", dans le "refus du calcul", du "donnant-donnant" et du "bilan systématique". Elle est dans le désir et la volonté de ne pas "mettre la main" sur ce que l’on veut et ce que l’on construit comme le fait l’intendant humble et fidèle de l’Evangile. Pour "assurer" une réelle fécondité à l’amour conjugal, laissons place à l’aventure. Pouvoir dire à l’autre : "Tu ne me déçois pas" ou après quelques années ; "Tu ne m’as jamais déçue" n’est possible que si on ne réduit pas celui-ci à un projet ou à une vision idéale. Le mystère de l’autre ne peut jamais être réduit à une image, à un désir, à un jugement. La complémentarité ne suffit pas non plus : la fécondité est un au-delà de cette complémentarité de caractères, de qualités, de désirs. Cette soif du bonheur à deux doit être traversée d’un désir de l’infini et de l’accueil d’une grâce. La fécondité est dans les mains de Dieu. La fécondité est plus ample que la procréation et l’éducation des enfants, mais elle l’inclut bien entendu. Quoi de plus neuf, de plus différent, de plus gratifiant, de plus désarçonnant que l’enfant qui transforme le couple en famille. A chaque naissance, un univers nouveau s’éveille et les changements sont notables. Il y a quelque chose de "naturel" dans la venue de l’enfant dans un couple aimant. Les corps qui s’unissent sont toujours marqués par la symbolique de l’apparition de l’enfant. L’homme est toujours fécondant, la femme ne l’est pas toujours, mais l’étreinte conjugale possède en soi cette double signification d’union et de procréation. On le sait : un couple qui refuse consciemment et définitivement cet accueil d’un enfant ne peut pas contracter un mariage valide. Un couple stérile ouvert à l’adoption par exemple peut se marier. Cela signifie que le don conjugal est toujours marqué de cette tonalité parentale. L’horizon de toute fécondité est "interpersonnelle". On sait combien la stérilité peut être une épreuve et une souffrance fortes : elle ébranle le couple dans ses fondements. Tout désir d’enfant est complexe et il appartient à l’amour de purifier ces désirs. L’enfant a des droits, mais il n’y a pas de "droit à l’enfant" qui tienne. L’homme et la femme ne jouissent d’aucune créance sur un enfant envers la société ou envers Dieu. L’absence d’enfant ne signe pas l’échec de la vie de couple tout comme le droit absolu à l’enfant est une illusion. L’enfant n’est pas un "objet de désir" comme un autre mais un sujet à part entière, un don de l’amour, un don de Dieu.

P&JLS : Les progrès scientifiques actuels dans le domaine de la procréation ne résolvent qu’en partie la question de la fécondité, ou plus tôt de la "non-fécondité" procréatrice. Tout au plus proposent-ils des palliatifs. Nous prenons de plus en plus conscience que ce même progrès scientifique ouvre la porte à de sérieuses dérives qui inquiètent, du point de vue de l’éthique, non pas seulement les chrétiens que nous sommes mais aussi un nombre croissant de non-chrétiens. Devant le vide juridique en la matière, pensons entre autres aux "mères porteuses", aux "bébés médicament", aux revendications des homosexuels. Le "droit à l’enfant" prend souvent le pas sur toute autre considération afin de combler le vide et de soigner la souffrance causée par l’absence. Cette souffrance est bien réelle et les remèdes proposés par la science ne nous laissent pas moins indifférents pour autant à celle-ci. Nous avons approchés cette souffrance, Priscilla et moi, suite à une stérilité secondaire. Notre blessure, nos souffrances, n’ont été soulagées que lorsque nous avons compris que le Seigneur nous appelait à être "féconds" d’une autre façon, dans d’autres domaines. "Mais", pourraient nous objecter les couples sans enfants qui nous écoutent, "vous avez eu joie de ’pouponner’, vous avez eu des enfants, tandis que nous …". Et ils ont grandement raison, nos souffrances ne sont pas comparables. Ces circonstances nous ont pourtant permis de comprendre que la procréation physique ne nous permet pas de faire l’économie de la fécondité spirituelle. Cette dernière ne constitue pas une alternative à la première.
Nous croyons que notre mission procréatrice ne peut se résumer à peupler la terre. Nous avons pris conscience que le Père créateur, dès la Genèse, nous appelle à engendrer aussi spirituellement des enfants de Dieu dans la Foi, l’Espérance et l’Amour. Nous nous sommes résolument tournés vers les autres. Nous sommes "sortis de nous", nous portant vers un "plus", vers "l’imprévu" de Dieu. Et cette ouverture à l’imprévu nous a rendu disponibles à ce que Dieu attendait et attendra encore de nous. Revenons un moment aux enfants accueillis comme signe d’une fécondité de l’amour. Les époux sont appelés à collaborer avec Dieu Créateur et Père. La manière dont ils s’unissent est source d’une force particulière pour eux-mêmes. En se donnant dans l’acte conjugal, ils se trouvent et s’affermissent mutuellement dans leur identité propre, masculine et féminine, et dans leur être de parents. Proches de l’action divine, ils en éprouvent les traits spécifiques : puissance, créativité, gratuité. Dieu se manifeste en eux comme le Maître et le Seigneur de tout le créé. Rien n’échappe à son action créatrice : le monde entier est dans ses mains de "potier". "La vie humaine est sacrée parce que dès l’origine, elle comporte l’action créatrice de Dieu" De même la relation conjugale est le fruit humain de la conception. "Seigneur, tu me scrutes et me connais, tu connais mon coucher et mon lever ; de loin, tu discernes toutes mes pensées ; tu surveilles ma route et mon gîte, et tous mes chemins te sont familiers" Les époux touchent de près cette action de Dieu. La conscience qu’ils ont de cette présence est reconnaissance, découverte toujours neuve, action de grâce. Goûter cette présence de Dieu au plus intime de soi et de la relation de couple est une expression singulière de la fécondité humaine. De plus, si l’enfant survient, le don se redouble : cet être nouveau est un "don qui jaillit du don". L’enfant est une personne-don qui surgit du don de ses parents et du don que Dieu lui fait de l’existence. "Personne ne vient au monde sans avoir été voulu immédiatement par Dieu".
Cette affirmation conciliaire redouble d’intensité lorsque les parents ont conscience en vérité de leur responsabilité et que leur volonté d’accueillir l’enfant se "conjugue" librement avec celle de Dieu. Il est des circonstances où cette "coïncidence" n’est pas parfaite et même où elle est un véritable défi à l’amour humain. Pourtant tout enfant nouvellement conçu révèle un visage unique de la bonté et de l’action de Dieu. A chaque conception, ce n’est pas "rien" qui est offert au monde et à tel couple. L’enfant embryonnaire, dès sa conception, est confié à notre humanité. Si son existence, parfois blessée, entre dans la nôtre, c’est pour dire : "Aime-moi tel que je suis". La conception d’un enfant fait signe vers une altérité nouvelle : elle indique que l’amour n’est pas purement duel, mais toujours pluriel. Cette fécondité renvoie à la manière dont Dieu aime chaque homme par son prénom : du plus petit au plus grand, du blessé au bien portant. La venue de l’enfant signe non pas l’efficacité d’une technique ou d’un acte humain, mais la gratuité de l’amour de Dieu qui se laisse toucher dans le corps humain et qui prend soin de la liberté personnelle dans le corps de chacun. Si l’enfant est un don, il comblera par le "surcroît" qu’il est. Sa présence comme son absence ne peuvent être instrumentalisées pour le bonheur des adultes. L’amour conjugal fécond est appelé le plus souvent à convertir ses désirs. L’enfant est parfois un des lieux de combat de l’amour. Le rêve de l’enfant parfait doit être abandonné pour entrer dans la reconnaissance de l’enfant réel. Ses qualités et ses talents seront situés dans l’altérité de ce qu’il représente. Toute la tâche éducative, fruit magnifique de l’amour conjugal, est située dans cet horizon. Comparons-la à celle du "semeur" qui jette largement sa semence dans la terre qui lui est confiée. Eduquer, c’est confier sa parole à un autre pour qu’il l’accueille, en soit affermi, en vive et trouve ainsi lui aussi le bonheur. La moisson n’est pas "automatique". La fécondité de nos paroles, de notre exemple, de notre droiture, de nos valeurs prend du temps pour devenir "visible", pour non seulement "prendre racine" mais grandir dans le cœur de nos enfants. Il convient de faire correspondre nos actes à nos paroles. Il y a toujours un hiatus entre le dire et le faire, mais être attentif à la vérité de notre vie est essentiel pour qu’une bonne nouvelle passe de génération en génération. Nul n’est parfait, mais témoigner de la vérité de l’amour est possible même et surtout s’il nous dépasse.
On peut toujours témoigner de la manière dont on est aimé par Dieu dans le pardon, dans la vie reçue, dans les dons reçus. Les enfants n’idéalisent pas longtemps leurs parents, mais ils sont toujours sensibles à la droiture de leur témoignage. Le temps de l’éducation nous fait "voyager" ainsi entre le commandement positif du Seigneur : "Honore ton père et ta mère" et la recommandation oh combien utile de saint Paul : "Parents, n’exaspérez pas vos enfants".
P&JLS : En effet combien de fois n’avons-nous pas constaté que ce que nous avions semé, consciemment ou inconsciemment, dans l’éducation que nous avons donnée à nos filles, rejaillissait des années plus tard une fois mariés et mères à leur tour. Un moment nous avions cru la semence perdue, gaspillée, non féconde, et puis la voilà qui porte soudain du fruit. Cette constatation nous encourage à espérer voir resurgir les valeurs chrétiennes que nous avons voulu transmettre et que nous estimons être si fondamentales dans notre vie. Si nos enfants ne croient plus ou ne croient pas, ne pratiquent pas ou plus, rien ne sert de tirer sur la semence ou sur la petite pousse qui germe.
Nous risquons de l’arracher. Mais laissons au Seigneur le soin de la faire grandir à son allure et suivant son rythme. "Patience et longueur de temps" disait ma mère. Le temps de Dieu n’est pas le temps des hommes ! Etre fécond, c’est porter la patience du temps et se confier au temps pour qu’il révèle, avec la grâce de Dieu, toute l’ampleur de nos "semailles". La fécondité d’un couple ne peut pas être évaluée par les mêmes critères que ceux d’une mini-entreprise. La famille s’approfondit même lorsque les forces déclinent et que l’intériorité grandit à travers la mémoire d’une longue vie, parfois dans la souffrance, et l’approche de la mort. Quand la vitalité décline, on "ne ferme pas l’entreprise" : au contraire ! Elle déploie d’autres énergies au crépuscule de l’amour et de la vie à deux. A tout âge, les époux se portent secours mutuellement, se supportent, s’offrent l’un à l’autre, donnent témoignage d’une flamme qui réchauffe. La souffrance est un lieu de fécondité où la présence de la grâce se fait plus intime et plus forte. L’handicap, la maladie, la vieillesse peuvent ouvrir une porte sur une espérance infinie. Le départ de l’un laisse l’autre désemparé et meurtri, mais le moment est venu alors d’attester une fécondité qui unit le ciel et la terre. Un don du Seigneur "Si tu savais le don de Dieu", dit Jésus à la Samaritaine auprès du puits de Jacob. Toute l’histoire du peuple hébreu témoigne de cet amour "tendre et jaloux" de Dieu pour lui.



Il est venu parmi les siens, dit saint Jean. Désormais, nos vies ne sont plus les mêmes car Dieu y est présent de manière particulière. En Jésus, Dieu-Trinité s’est uni toute l’humanité : il est proche de tout homme, du passé, du présent et de l’avenir. En aimant l’Eglise tel qu’Il le fait de siècles en siècles et à chaque instant, Il inscrit dans l’histoire humaine cette nouveauté de l’amour sauvé. Les sacrements sont des faisceaux de lumière qui témoignent parfois dans nos obscurités que le don est bien réel. Nous vivons de la présence du Fils de Dieu : nos gestes et nos paroles sont à lui, sont de lui, sont pour lui. L’économie sacramentelle exprime une présence nouvelle de Dieu. Nous l’expérimentons de manière tangible et particulière dans le sacrement de mariage.


P&JLS : Nous le sentons bien dans notre vie de couple. S’il n’y a pas de don, il ne peut y avoir d’amour. L’amour est fidèle, c’est un don définitif. L’amour ne reprend pas ce qu’il a donné. Une expression populaire dit "donné c’est donné, reprendre c’est voler". Mais nous percevons que ce don dans le couple est plus que le don de l’expression populaire. Le don des époux chrétiens, notre don réciproque, de Priscilla à Jean-Louis, de Jean-Louis à Priscilla, est plus que notre union charnelle, beaucoup plus. C’est un cadeau de Dieu. Cette grâce nous l’avons voulue non seulement le jour de notre engagement l’un envers l’autre il y 34 ans mais nous la voulons encore aujourd’hui et tous les jours de notre vie. Ce "plus", qui vient de Dieu, peut trouver des expressions différentes. Mais ce qui est propre au sacrement, c’est que le Christ nous donne de nous donner l’un à l’autre en vérité. Comme toute chose sur la terre, l’amour aussi est sauvé par le Christ. Par son Esprit, le Christ libère en chacun les forces d’aimer. Il ouvre des chemins dans le cœur. L’amour, au-delà de la séduction mutuelle, est "volonté de se donner à l’autre tel qu’il est et de vouloir son bien". Bien des peurs habitent nos cœurs. Bien des blessures sont inscrites dans nos psychismes et nos corps. Le Christ n’efface pas tout, mais il guérit souvent.


Il restaure et fortifie toujours une capacité d’aimer chez celui et celle qui désire s’engager dans le mariage. Plus profondément, quand des fiancés se rencontrent, ce n’est pas le fruit du hasard, mais de la providence, c.-à.-d. de Dieu qui prend soin de nos histoires, qui s’inscrit dans nos rencontres et suscitent amicalement nos libertés. On ne prend pas "femme" ou "mari" de force ou selon la coutume sociale : par la grâce, on prend conscience que l’autre est un cadeau de Dieu. Il nous est offert comme compagnon de route pour cette vie. Il est pour nous un "visage" tout particulier du Christ. Toute notre force d’aimer est suscitée, fortifiée, animée par le Christ et son Esprit. La spécificité du mariage chrétien surgit dans la prise de conscience que l’autre ne m’appartient pas et ne m’appartiendra jamais de manière absolue. Le conjoint est le "signe" de l’Autre qu’est Dieu. Dieu me fait "signe" à travers la personne qu’il met sur ma route et à laquelle je puis dire un "oui" fidèle et sans réserve. Le Seigneur est au cœur des évènements, particulièrement dans les actes libres que posent les hommes et les femmes de bonne volonté. Dans le consentement matrimonial Il fait un pas supplémentaire : avec les époux, Il dit "oui" également. Il s’engage au cœur des libertés humaines, "avec" elles et en leur faveur. Lui-même s’offre à aimer le couple tel qu’il est, chaque conjoint tel qu’il se présente, et toute l’histoire familiale telle qu’elle se réalise. Ce pas supplémentaire, c’est une décision divine, concrète, qui appartient à l’histoire de ce couple et que nous recevons dans la foi de l’Eglise. Dieu est plus intérieur au couple qu’on ne l’imagine parfois. Quand le couple aménage dans son nouvel appartement, Il vient habiter avec eux. Tout en respectant la liberté humaine, Il est vraiment "Emmanuel", Dieu-avec-nous. Sa présence est assurance, force, confirmation, exigence, vérité de la relation mutuelle des époux. Par le sacrement de mariage, le Christ place les nouveaux époux au centre de sa relation nuptiale avec son Eglise. Le couple est au centre des grâces échangées entre le Christ et son Eglise. Bien plus ils sont appelés à témoigner de ce lien d’amour. En leur propre chair, ils représentent un visage de cette relation.


Ce grand "mystère" est rendu visible et présent dans l’histoire humaine et dans tous les coins de la terre par des millions de couples chrétiens qui s’aiment "dans le Seigneur". Par cet amour sacramentel, ils donnent un signe aux autres. Ils disent chacun avec son langage et son histoire, que Dieu continue à aimer son peuple de manière concrète et durable. Etablis par grâce dans le lien Christ-Eglise, les époux sont un signe privilégié de l’amour de Dieu pour tous les hommes et pour tous les temps.


P&JLS : Nous prenons ainsi conscience de nos propres fragilités et de nos infidélités au projet de Dieu sur nous, sur notre couple. En même temps nous souffrons de voir le mariage perdre son "sens" dans notre société contemporaine, et ce souvent même chez nos proches. Nous avons besoin de cet amour sauveur de Dieu. Où es-Tu Seigneur ? Pourquoi nous as-Tu abandonné ? Seigneur viens à notre aide, à l’aide du "couple et du mariage" ! Si tel est ton désir de nous voir témoigner de ton amour pour l’humanité, donne-nous ta grâce, donne-nous ta Force, la force de ton Esprit, car la semence tarde à sortir de terre et nous nous décourageons ! Donne-nous de reconnaître les signes par lesquels ton Esprit nous appelle à témoigner ! Aide-nous Seigneur à répondre à notre mission de "couples chrétiens dans l’Eglise et dans le Monde d’aujourd’hui", comme nous le rappelait notre mouvement au lendemain du rassemblement international de Saint Jacques de Compostelle en 2000.


Une symphonie sacramentelle Un sacrement n’est pas un geste isolé, ponctuel, sans histoire antérieure, sans conséquences ultérieures. Le mariage grandit, fleurit et porte du fruit dans le jardin sacramentel que Dieu nous offre. La source et le sommet de l’amour se trouvent dans l’Eucharistie : Jésus s’y rend présent pour se donner à nous et à son Père. Toute eucharistie nous montre en acte et nous rappelle que l’action de Jésus est de se donner par amour ; bien plus, il est "le Don de Dieu". Célébrer l’eucharistie, c’est entrer dans ce mouvement. Le Christ se donne aux époux au moment de leur consentement : il dit "oui" également. Il s’engage aussi. L’Eucharistie montre aux époux jusqu’où va cet engagement. En chaque Eucharistie, les époux reconnaissent la grâce qui leur est propre : comment le Christ donne sa vie jusqu’au bout par amour pour autrui. Les époux sont nourris de cet amour du Christ dans leur histoire concrète. De manière liturgique, nous offrons le pain et le vin pour qu’ils soient transformés dans le corps et le sang du Christ. Ce pain et ce vin symbolisent ce qu’est l’assemblée : sa vie, ses efforts, ses engagements. Ainsi les époux peuvent-ils s’offrir eux-mêmes et être "incorporés" au mystère du Christ toujours vivant. Après chaque eucharistie, une part de notre vie est entrée en Dieu, a été transformée et unie à son corps mystique.


P&JLS : " Faites ceci en mémoire de moi" prend une signification particulière pour nous en tant qu’époux. A l’image du Christ qui, offrant son "corps" et son "sang", renouvelle l’alliance "éternelle", c’est-à-dire l’alliance de hier, d’aujourd’hui et de demain, nous renouvelons notre alliance.


Nous nous rappelons le "don" conjugal réciproque de tout notre être, dans les joies comme dans les peines, pour le meilleur et pour le pire, … jusqu’à ce que la mort nous sépare. "Par Lui en Lui et avec Lui", nous rendons gloire au Père, qui nous a fait don l’un à l’autre et qui nous reçoit unis ensemble à Lui. De plus en plus les couples qui assistent ensemble à l’Eucharistie se prennent par la main au moment de la récitation du "Notre Père" et ce jusqu’au baiser de paix à l’occasion duquel ils s’embrassent. Ces petits signes extérieurs sont pleins de sens. Ils nous aident à prendre conscience de l’union des deux amours, l’amour du Christ et l’amour du conjoint. Don et mission Etre dans ce lien Christ-Eglise fonde la relation homme-femme "sur le roc" et est source d’une mission. Ce n’est ni le chrétien, ni le couple ni la famille qui se donnent à eux-mêmes leur propre mission. Toute mission est un "appel" reçu du Seigneur. La mission se reçoit de Celui qui en est la source, se discerne, se comprend dans le concret de la vie de couple et sur le fondement de la grâce sacramentelle.


Dire que le couple reçoit une mission, c’est affirmer dès le départ qu’il n’existe pas uniquement pour lui-même. L’être-familial, cette "communion profonde de vie et d’amour" déborde d’un amour qui vient d’au-delà des époux : cet amour est appelé à se répandre, à témoigner de la vie et de l’amour divin là où il est. Il s’agit de laisser l’abondance des "eaux spirituelles" se répandre dans les déserts de nos vies modernes. Les missions peuvent ainsi être multiples et différentes, mais elles se fondent toutes sur la grâce du baptême et celle du sacrement de mariage. Se marier, c’est répondre à un nouvel appel. Tout comme Jésus envoie dans l’Evangile ses disciples deux par deux pour annoncer la Bonne nouvelle, il envoie les époux deux par deux sur la route de l’amour. Dans l’Eglise, les époux sont "comme consacrés". Ils reçoivent des dons propres à eux. Ils auront par la grâce du sacrement un « ministère » : un service à rendre. Une mission commune à la plupart des époux est de témoigner d’un amour fidèle, solide et fort. Cette fidélité n’est pas "coutume", "bonne habitude", "utile", "précieuse" pour tous : elle est complicité et connivence avec la fidélité de Dieu lui-même à son peuple. Etre fidèle et chercher à l’être, c’est "agir comme Dieu" dans l’histoire des hommes. La première activité du couple et de la famille est de témoigner de son existence car cet acte, jour après jour, fortifie les générations et témoigne d’une espérance qui traverse le temps et l’espace. Le service de la vie dans sa transmission et dans l’éducation des enfants est essentiel aussi. L’horizon de cette paternité/maternité est sans limites car il est d’amour. Il permet et suscite aussi un "goût" pour la vie au sens plénier du terme. Il ne s’agit pas d’avoir seulement des enfants, de promouvoir la vie ou de la défendre, il convient aussi de lui trouver à chaque instant un sens et une saveur d’éternité. Relier la vie humaine à celle de Dieu est une tâche magnifique. Elle inscrit toutes les familles dans la famille des saints. Dans une famille, tous les membres s’évangélisent mutuellement. Nous pensons aussi à la prière comme feu qui jaillit des cœurs des conjoints et qui intercèdent pour chacun. L’amour conjugal unit l’âme à son Seigneur.