Réussir sa mort



Anti-méthode pour vivre - Fabrice Hadjadj - Presses de la renaissance -2005 - 400 p.*


Le dernier essai de Fabrice Hadjadj est un traité de morale et de vie spirituelle, prenant la mort comme fil conducteur. À la suite de Bossuet et d’Aristote, il veut renvoyer son lecteur contemporain à sa fin.


Sa fin, qu’est-ce à dire ? L’ambivalence du mot est féconde. La fin, c’est la finalité qui m’attire parce qu’elle me paraît désirable. Naturellement, c’est aussi le terme. Or dans le cas de la vie humaine, réfléchir sur le terme ouvre à la finalité. Telle est la pédagogie de la mort que Fabrice Hadjadj cherche à déployer au long de ces 400 pages.


Écoutons-le. "D’un côté, je veux être heureux ; de l’autre, je sais que je dois mourir. Plus je désire le bonheur parfait, plus la mort m’apparaît comme un scandale. Et plus je suis lucide sur ma mort, plus je dois admettre que le bonheur que je cherche n’est pas de ce monde. De là une tension extrême. Et la tentation première est de relâcher cette tension. Tomber dans l’optimisme aveugle ou dans la lucidité cynique. Se contenter des plaisirs de ce monde, avec ses petits moyens ; mépriser tout plaisir comme voué à l’extermination. Bâtir un bonheur illusoire, bestial ou bourgeois, dans l’oubli de la mort ; ne rien bâtir, blasé ou brutal, dans l’oubli du bonheur. Souvent nous passons de l’un à l’autre au cours de la même journée" (p. 70). C’est pour sortir de ce cercle que la foi chrétienne nous enseigne que la mort est l’instant de la vérité de notre être.


Dans une page très belle, l’auteur le souligne. " S’il y a une vanité dans monde, ce n’est pas la mort qui l’introduit. C’est nous-mêmes. Nous nous attachons aux choses de manière désordonnée. […] La mort, plutôt qu’à introduire cette vanité, sert à la révéler. Et loin de rendre la vie absurde, elle ouvre à un sens véritable, à une destination transcendante, à une fin qui peut justifier le commencement. L’impasse nous évite l’errance. Elle pousse à regarder vers le haut " (p.85-86). Dès lors, le véritable enjeu de la mort, c’est la vie éternelle et ce qui peut en priver, la seconde mort, la damnation.


Ce n’est pas le moindre mérite de ce livre que de replacer au cœur de l’existence humaine la question de la damnation, car y a-t-il tout simplement plus grave ? Cette question ouvre la personne qui agit au poids de chacun de ses actes. Loin d’être une fuite paresseuse en dehors du sérieux du monde, l’adhésion à l’immortalité de l’âme est un appel à vivre dès maintenant pleinement. La seule véritable alternative est "le don ou le dam". La force de ce livre de méditations, emprunt d’humour, croisant les anecdotes et les références philosophiques, littéraires et spirituelles est de provoquer son lecteur à un examen de conscience libérateur.


Si la vérité libère, alors seul l’accueil de la Lumière la plus haute peut nous attirer en dehors de nos mensonges et de nos petits arrangements. On ne peut s’empêcher de regretter certaines démonstrations un peu rapides (comme cette irrévérence pour le développement personnel, croqué férocement), mais dans sa belle radicalité, Fabrice Hadjadj nous invite à nous réveiller.


Source et lecture par TH. Collin sur Décryptage.