Expulsion



Hélène Delmotte et Luis de Miranda, Max Milo - Editions collection "Condition humaine" - 128 pages *


Roman troublant sur l’avortement.


Hélène Delmotte, 35 ans, journaliste dans le domaine de la santé et spécialiste de la question de l’IVG et Luis de Miranda, 33 ans, écrivain, publient "Expulsion, roman psychologique sur l’avortement".


Entretien avec Hélène Delmotte (...)


- Que diriez-vous de l’IVG aujourd’hui en France ?


L’IVG reste une liberté fondamentale. Toutefois, il existe un réel problème aujourd’hui qui est celui de la prévention. L’IVG est souvent considérée comme un moyen de contraception alors que ce n’est pas du tout le cas. Chaque année 220 000 femmes se font avorter en France, c’est colossal.


Au-delà de l’IVG, il y a une souffrance avant et après l’intervention qui est malheureusement trop souvent occultée. Le manque de dialogue dans le couple et la peur de communiquer avec autrui dans ces moments-là restent un problème majeur. Il faut que les hommes se saisissent de cette question.


- "J’allais accoucher de rien, mais j’allais accoucher quand même." Pouvez-vous commenter cette phrase extraite de votre ouvrage ?


Les médecins ont des positions différentes par rapport aux deux avortements possibles aujourd’hui. Certains pensent que psychologiquement, c’est mieux de tout voir, en l’occurrence dans le cas d’un avortement médicamenteux. D’autres disent qu’il vaut mieux que la femme se réveille après son anesthésie générale sans avoir rien vu. Il me semble que pour comprendre, il vaut mieux que la femme voit. (...)


Entretien avec Luis de Miranda


- Comment avez-vous vécu l’écriture de ce roman ? J’ai appris énormément en écrivant cet ouvrage. L’avortement est un sujet que je ne maîtrisais pas du tout et j’ai beaucoup appris, tant sur les statistiques que sur ce que peut ressentir une femme dans un moment douloureux comme celui-là. Je n’aurais jamais imaginé que 220 000 femmes avortaient chaque année en France. (...)


- Parmi les choses que vous avez apprises, qu’est-ce qui vous a le plus frappé ? La solitude que peut ressentir une femme qui passe par toutes ces épreuves et la capacité à garder le secret. Ce roman met le doigt sur l’absence de communication et plus spécifiquement sur l’absence de communication entre les hommes et les femmes.


- L’écriture est parfois violente, pourquoi ce choix ? Certaines phrases peuvent sembler dures mais elles ne sont pas trash. Nous avons fait le choix de ne pas faire de périphrases et d’appeler les choses par leur nom. Aujourd’hui, les euphémismes sont partout et la littérature reste un des rares domaines où l’on peut s’exprimer librement. Ce récit n’est pas une provocation, mais plutôt une sensibilisation du public à un sujet qui touche aujourd’hui beaucoup de femmes. Nous voulions retranscrire la violence de l’IVG et je pense que nous avons réussi. L’avortement paraît une solution simple et mineure dans un pays où il est pratiqué par plus de 220 000 femmes chaque année. Mais, en expulsant son fœtus, c’est de toute son existence que Marie s’extrait. De sa sœur qu’elle croyait connaître, de son emploi où on la juge, du père de l’enfant, un de ses amants de passage, et finalement d’elle-même et de ses rêves d’enfant ; si l’avortement est légal il n’en est pas moins souvent vécu dans la culpabilité et la honte. Ce court roman, loin d’être un témoignage pour on contre l’IVG, est une métaphore violente sur le divorce de l’intime et du social. Dans cette dialectique déchirée, les coupables ne sont pas les hommes, mais un système qui favorise l’incommunicabilité générale. Une femme et un homme ont collaboré pour évoquer, dans ce roman, le tabou de l’avortement.


Source : 13 janvier (Métro)