Des ateliers de confection aux lignes d’assemblage des bébés

lundi 2 mars 2015


Sharmila Rudrappa - Biotechnologies et travail reproductif. Une perspective transnationale - Editions L’Harmattan - Cahier du Genre - Traduit de l’anglais - 2014 - pp. 59 à 86


L’article analyse les trajectoires d’emploi de femmes à Bangalore, dans le Sud de l’Inde. Employées dans l’industrie de la confection, certaines en viennent à vendre leurs ovules et à se proposer comme mères porteuses, avant de revenir vers leur activité initiale. Notre propos est notamment de démontrer que si ces femmes sont bien exploitées par une industrie des corps, elles n’en tirent pas nécessairement un sentiment d’aliénation. De manière perverse, cette forme accentuée d’exploitation physique est vécue comme le moyen d’échapper au déclassement social. Ainsi, de nombreuses mères porteuses soulignent leur déclassement du fait du genre, qui explique leur position d’infériorisation dans la sphère privée, le fait qu’elles gagnent des salaires inférieurs à ceux de leurs époux, et le harcèlement sexuel qu’elles subissent dans l’industrie du vêtement. Dans ce contexte, leur accès à des revenus importants du fait de l’utilisation de leurs capacités reproductives constitue une forme de revanche, qui renforce leurs possibilités pour négocier des espaces d’autonomie au sein de leurs foyers au sens large, consolidant ainsi leurs positions sociales.