Le zygote est-il une personne humaine ?

lundi 22 septembre 2014


Pascal Ide - Paris - Téqui - 2004 - 272 p.


Cet ouvrage est la version développée de deux articles parus sous le même titre en 2001 dans la revue Nova et Vetera (2001/1, p. 45-89 et 2001/2, p. 53-88), également publiés dans l’ouvrage collectif, Aimer et protéger la vie. Pour comprendre les vrais enjeux de la bioéthique, Paris, éditions de l’Emmanuel, 2003, p. 85-178.


L’auteur aborde la question du zygote dans une perspective strictement rationnelle. Dans un premier temps il nous offre un panorama complet et bien documenté de l’état de la discussion. À la manière d’un article de la Somme Théologique, il expose tout d’abord les arguments avancés contre l’idée selon laquelle, dès la conception, l’embryon est une personne (chap. 1). Sont passés ensuite en revue les arguments des partisans de l’animation immédiate (chap. 2), puis les raisons en faveur de l’indécidabilité du problème (chap. 3). Ces objections et ces raisons recevront leur solution dans les deux derniers chapitres (chap. 7 et 8). Au cœur de l’ouvrage, l’auteur - qui est à la fois docteur en médecine et en philosophie - développe sa propre réponse en s’efforçant de conjoindre l’approche scientifique (chap. 5) et l’approche philosophique de la génération humaine dans la ligne d’Aristote et de st Thomas. Un important chapitre épistémologique (chap. 4) rend compte de la nécessité de dépasser l’exclusion réciproque ou le cloisonnement entre les démarches scientifique et philosophique. La philosophie du vivant d’inspiration aristotélicienne doit intégrer les découvertes de la biologie contemporaine. Empruntant cette voie, l’auteur établit la thèse centrale de l’ouvrage (chap. 6) : au vu des acquis de la biologie, principalement la génétique, les principes de la philosophie du vivant (la définition aristotélicienne de l’âme) conduisent à trancher en faveur de l’animation immédiate (au sens d’instantanée) de l’embryon, contrairement à Aristote et à saint Thomas. L’auteur s’oppose aux néothomistes qui, à la suite de J. Maritain, soutiennent l’animation différée. L’argument central porte sur la notion de « corps organisé ». Les partisans de l’animation différée font valoir que le zygote et l’embryon précoce ne sont pas dotés des organes nécessaires pour les opérations de l’âme rationnelle. Au contraire, répond P. Ide, les moyens d’observation dont nous disposons ont mis en évidence un degré de complexité et d’organisation interne du zygote du même ordre, sinon supérieur, à celui exigé par Aristote pour que l’embryon soit informé par une âme rationnelle. Le génome spécifiquement humain, constitué dès la fécondation, comprend l’information nécessaire pour la formation des organes des sens et du cerveau, indispensables à l’opération d’intellection (elle-même purement spirituelle). L’auteur en conclut que ces organes sont en acte dans le zygote, mais en acte premier. Ils sont en acte second dans l’expression phénotypique du génotype. Autrement dit, le passage du zygote au fœtus ne s’opère pas par changement de substance, mais par devenir accidentel. Toutefois, pour échapper à l’écueil du préformationnisme, il faut penser un devenir accidentel discontinu avec saut qualitatif (p. 158-160). Enfin, nous savons désormais que, dès le début, l’embryon possède en lui-même un principe interne de développement et d’action. C’est une raison supplémentaire, selon l’auteur, pour reconnaître que l’âme rationnelle informe le zygote dès la conception. Elle est cause efficiente de l’ontogenèse en même temps que cause formelle et cause finale. Il n’est pas juste d’affirmer, avec le Comité Consultatif National d’Éthique, que l’embryon est une personne potentielle : il est « une personne avec un potentiel » (p. 135).
Précis et rigoureux, parfois très technique, mobilisant des connaissances étendues, cet ouvrage conjoint les ressources de la pensée d’Aristote et les données scientifiques les plus récentes pour penser, au plan ontologique, l’être humain en formation. La démonstration de P. Ide n’emportera sans doute pas une adhésion unanime. L’argument central sur le zygote comme corps organisé offre matière à discussion. Mais cette prise de position rend au moins probable l’opinion selon laquelle l’embryon humain, dès la conception, est une personne humaine. Or cette probabilité suffit, sur le plan moral, pour affirmer de façon certaine qu’il doit être respecté comme une personne.
J. de Longeaux