Je consens, donc je suis... : Ethique de l’autonomie

lundi 28 janvier 2013

Michela Marzano - Presses Universitaires de France - 2006 - 261 p.*

La modernité se flatte de n’avoir gardé, comme critère départageant les actes licites et illicites, que le consentement des individus. Mais qu’entend-on par consentement ? Suffit-il, à lui seul, pour déterminer la légitimité d’un acte ou d’une conduite ? Est-il toujours une expression de l’autonomie personnelle ? Quels liens existent entre les concepts d’autonomie, de liberté et de dignité de la personne ?

Les questions que l’on peut se poser sont multiples et complexes, d’autant que le consentement n’a pas un statut épistémologique clair, et que les réponses que l’on trouve aujourd’hui à ce type de problèmes sont souvent loin d’être satisfaisantes. D’un côté, nombreux sont ceux qui défendent le consentement sans jamais s’interroger sur les contraintes sociales, culturelles, économiques et psychologiques qui influencent considérablement les choix individuels’. De l’autre, il y a ceux qui, au nom de la dignité de la personne, excluent a priori la notion de consentement de leur univers conceptuel, sans accepter que les individus, en tant qu’êtres doués de dignité, aient justement le droit de décider de ce qui est « bon » ou « mauvais » pour eux. Mais peut-on réellement défendre le consentement sans s’interroger sur les contingences qui peuvent parfois pousser les individus à « consentir » à quelque chose, en dépit de leurs convictions et de leurs croyances personnelles ? Peut-on, au contraire, nier son importance sous prétexte qu’aucune décision n’est libre de contraintes physiques ou psychiques ? Est-il possible de faire semblant d’ignorer que la capacité d’agir consiste toujours à se frayer un chemin parmi des choix qui sont en partie libérés des conditions sociales, en partie contraints par elles ? Est-il, au contraire, possible de continuer à défendre une position paternaliste de la morale, selon laquelle il existerait une conception déterminée du bien que peu de gens connaissent et qu’il faudrait imposer, bon gré mal gré, à tout le monde, indépendamment de leurs désirs et de leurs souhaits ? Peut-on penser que le simple fait de donner son consentement à un acte modifie la nature de l’acte lui-même, au point qu’une action illégitime (par exemple un meurtre) devienne légitime, uniquement en vertu du consentement donné ? Faut-il, au contraire, nier que le consentement permet de qualifier d’infractions certains actes, et d’appeler ainsi « viols » les actes sexuels non consentis ?