La démarche éthique comme conscience et courage collectifs

mardi 6 décembre 2011

C. Borella - Éthique & Santé - Éditions Elsevier Masson - Vol. 7 - n° 2 - juin 2010 - p. 71-75 *

Appréhender l’essence de la démarche éthique implique d’abord de différencier clairement la visée éthique du point de vue moral. La distinction entre ces deux termes, qui sont au départ parfaitement interchangeables, puisqu’ils sont la traduction exacte l’un de l’autre, renvoie à l’usage contemporain qui en est fait depuis les dernières décennies. En soi, cette différence d’emploi n’aurait aucune importance, si elle n’était révélatrice d’ un enjeu fondamental, en désignant par des mots à l’origine équivalents deux postures, deux positionnements tout à fait distincts, complémentaires mais qui peuvent aussi parfois se révéler opposés, et qu’il importe d’identifier le plus clairement possible si l’on veut saisir à la fois la nécessité de l’éthique et sa spécificité. L’analyse de la démarche éthique nous conduira donc à la définir, à la suite d’Aristote, comme cette capacité proprement humaine à viser l’universel dans l’imprévisibilité du singulier de chaque situation clinique, cherchant ensemble non le rationnel mais le raisonnable, à travers une confrontation collective des points de vue. Il s’agira alors non pas de relativiser les valeurs, mais de tenir bon le paradoxe de leur absolue nécessité. Il s’agira encore de ne jamais renoncer au courage collectif qui nous permet de prendre conscience de ce que nous faisons aujourd’hui même dans nos pratiques de soin et de recherche, et d’assumer notre devoir d’humanité.