La nature : un nom aux acceptions multiples. Physique et éthique dans la pensée d’Aristote

mardi 6 décembre 2011

Pascal Mueller-Jourdan - Revue d’éthique et de théologie morale- Éditions du CERF - n° 261 - HS n° 7 - août 2010 - p. 71-98 *

Quant au thème de la loi naturelle, Aristote fait l’objet d’une étrange méprise. Il faut, pour éviter le malentendu, revenir aux principes méthodologiques du philosophe : déterminer le sens donné aux noms et s’assurer que le discours s’accorde bien aux faits. Dans cette philosophie, nature est un mot unique qui renvoie à des réalités différentes : cinq définitions sont possibles, dont celle-ci : nature définit le devenir de ce qui croît. La nature est aussi bien le départ que le terme du processus de croissance des êtres. Il est vrai de prétendre que la théorie aristotélicienne de la nature cherche à exprimer une certaine stabilité interne aux processus qui caractérisent le vivant, mais sans dériver vers la conception fixiste qu’on lui reproche souvent. L’homme se distingue radicalement des autres créatures : vie naturelle, vie rationnelle, vie théorétique. Notons qu’Aristote n’use pas de l’expression "loi naturelle". Lorsqu’il parle de l’homme, il évoque plutôt une absence de fixité : les sciences de l’homme évoluent dans le champ de la contingence. L’homme n’est pas d’abord déterminé par sa nature. Le concept de "droit naturel" renvoie chez le Stagirite au constat d’un sens universellement répandu de ce qui est juste par nature, et non d’abord à l’obligation. Dans le Protreptique, la nature apparaît comme une source du politique et de la législation bonne. Là encore, la nature suggère une dynamique vivante. La nature donne au politique les moyens de décider en faveur du juste et du profitable.