La narration au sein d’une unité de soins palliatifs

lundi 30 mai 2011


G. Belouriez, C. Draperi - Éthique & Santé - Éditions Elsevier Masson - Vol. 7 - n° 2 - juin 2010 - p. 95-101 *


Si l’on conseille volontiers aux futurs médecins et soignants d’écouter leurs patients, on ne leur apprend pas à le faire. La parole de la souffrance - celle des patients comme celle des soignants - est classiquement déléguée au psychologue, pour être mieux mise entre parenthèses dans la démarche soignante elle-même. Généralement, il en résulte qu’il est attendu du psychologue qu’il permette au système de fonctionner, au lieu de poursuivre sa finalité propre en s’attachant aux conflits intérieurs, aux résistances et aux désirs de chacun. En amont de ces constats, ce travail présente une étude de la mise en place d’un service de soins palliatifs, où l’on s’est efforcé de mettre la narration au centre de la prise en charge. À travers la prise en considération de la mise en récit des personnes accueillies et de leur entourage, d’une part, et le travail de narration des soignants dans la construction interactive de l’équipe, d’autre part, il s’agissait de ménager une place privilégiée au sens de l’expérience vécue dans la pratique. L’approche herméneutique permet d’aborder ces témoignages, ce savoir existentiel de chacun, en-deçà de toute interprétation psychanalytique des processus inconscients, pour prendre en compte la logique dans laquelle chacun est impliqué. Seront notamment interrogées : les difficultés soulevées par un changement essentiel dans le fonctionnement de l’équipe par rapport au modèle classique (sociologiquement hiérarchisé et médicalement inféodé au paradigme curatif), la fécondité de ces modalités nouvelles d’interaction, leurs répercussions effectives sur l’accompagnement des patients et de leur entourage, et la possibilité présumée accrue pour le psychologue de trouver sa place singulière dans ce contexte.