Éthique du vivant et épistémologie de la biologie

vendredi 27 mai 2011

E. Dei-Cas- Éthique & Santé - Éditions Elsevier Masson Vol. 7 - n° 1 - mars 2010 - p. 24-30

Ce travail examine les conséquences de la réduction comme stratégie d’analyse dominante dans la recherche biologique et s’interroge sur les représentations du vivant qui en résultent, ainsi que sur l’impact de ces dernières dans et en dehors du champ de la biologie. Ces représentations sont appelées à configurer et/ou à modifier les conceptions sur le vivant véhiculées par l’éducation, la culture et les médias. Elles acquièrent une dimension éthique, car elles pourront influencer les modalités de la pratique clinique, les décisions des autorités sanitaires, le choix des priorités de recherche, la formation des chercheurs et, plus généralement, la gestion du vivant. L’essor des méthodes postgénomiques pour approcher les transcriptome, protéoma, métabolome, etc., ainsi que l’intérêt croissant pour la biologie des systèmes, traduisent le besoin de dépasser les limites de la réduction et de parvenir à des visions plus globales du fonctionnement du vivant. L’accent mis actuellement sur l’émergence comme caractère essentiel du vivant, ainsi que sur la non-linéarité des processus biologiques, s’accorde mieux avec la complexité de ces derniers et leur caractère historique et ouvert. Des nouvelles approches et stratégies d’analyse devraient produire des représentations du vivant et de la santé plus compatibles avec ces conceptualisations et avec leurs conséquences sur le plan de la bioéthique. L’éthique du vivant interagit ainsi avec les épistémologies de la biologie. Elle rejoint l’éthique de la recherche en biologie et se confond avec elle.