L’enfant-rien



Nathalie Hug - Calmann-Lévy - 144 pp. - 2010 *


Le roman émouvant n’est pas vraiment le genre littéraire que Nathalie Hug a l’habitude d’explorer. Travaillant en duo avec son mari, Jérôme Camut, ils n’ont publié jusqu’à présent que des livres policiers.


Pour "L’enfant-rien", elle s’est lancée dans une aventure en solo qui lui a permis de laisser aller son émotion et de donner une voix à l’enfant qui parlait en elle.


Adrien ne connaît pas son père et rêve que celui de sa demi-sœur soit le sien. Entre sa mère terrassée par la tristesse puis par un accident de voiture qui la paralyse, Adrien passe son enfance à rêver une autre vie.


Comment avez-vous eu l’idée de cet enfant qui doute sans cesse ?


Ça fait longtemps que cette idée me trotte dans la tête. A force d’entendre dire "on m’a fait un bébé dans le dos", j’ai voulu écrire l’histoire d’un homme qui irait jusqu’au bout, qui déciderait de faire comme si l’enfant n’existait pas. Je voulais aussi évoquer la recherche du père, la quête d’identité qui touche à la fois l’enfant et le parent qui est en nous.


Pourquoi avoir choisi d’écrire à partir du point de vue de l’enfant ?


Il était en moi cet enfant, il s’est mis à parler, c’est sa voix qui est venue spontanément. Adrien est aussi l’enfant que j’étais, un petit bout de moi. Je trouvais cela intéressant de traiter des thèmes difficiles, familles décomposées et recomposées, avec le regard naïf de l’enfant. Cela me donne aussi beaucoup de liberté.


N’est-ce pas délicat de trouver le ton juste ?


C’est difficile parce que parfois l’adulte en moi parle trop alors il faut le gommer. Cela a été un long travail pour trouver un équilibre. J’avais ma matière première et je l’ai ciselée au fur et à mesure. La fin remet tout en question. Je l’ai écrite en même temps que le début. Quand on relit le livre en connaissant la fin, on se rend compte que l’enfant était effectivement rien. Je trouve cette double lecture très intéressante. Il y avait aussi une volonté de ma part de réfléchir sur l’avortement sans prise de position.


Avez-vous employé les mêmes méthodes pour écrire ce roman que pour les précédents ?


Non, là, c’est l’émotion qui prime. Dans le roman policier, le plus important c’est l’efficacité. Avec "L’enfant-rien", j’ai écrit avec ce que j’ai dans le ventre et dans le cœur.