Pour une révolution du regard



Danielle Moyse, Presses universitaires de Grenoble, 2010*


Alors que le "respect" que nous accordons aux êtres est souvent mesuré à l’échelle du pouvoir, de la position sociale ou du prestige, comment dépasser la disgrâce du corps handicapé pour accueillir l’autre tel qu’il est ? Telle est l’interrogation de la philosophe Danielle Moyse, enseignante chercheuse à l’IRIS ((CNRS/HESS) dans son ouvrage Handicap : pour une révolution du regard. Pour y répondre, elle se livre à une réflexion qui s’articule autour de deux questions fondamentales : "Comment dépasser l’effet de sidération que provoque souvent la présence d’un ‘handicap’, ou simplement une apparence corporelle peu ordinaire ?" ; "comment la violence si fréquente du regard porté sur les femmes et les hommes qui ne sont pas nantis de facultés intactes pourrait-elle ne pas être dévastatrice, quand l’altération d’une de ces aptitudes est appréhendée avant que l’enfant ne vienne au monde ?" Etudiant la nature de la relation entre regard, évaluation et respect, D. Moyse montre que quand notre regard sert à évaluer, notre respect devient conditionnel. L’auteur s’inquiète notamment du regard porté sur l’enfant à naître qui modifie les conditions dans lesquelles il voit le jour alors même que toute personne a besoin du regard de l’autre pour déployer son être. Lors de l’arrêt Perruche, le Collectif contre l’Handiphobie a porté plainte contre l’Etat afin de protester contre ce regard, porté par les magistrats de la Cour de Cassation.


Des personnes hors du commun;


En conclusion l’auteur nous invite à changer de regard et à considérer que les "singularités physiques, psychiques ou intellectuelles" ne sauraient faire oublier "que toute fille, tout fils d’homme et de femme, fait partie intégrante d’une humanité multiple, indéfinissable, échappant à toutes les normes qu’elle s’est pourtant plu à imposer, à s’imposer." "Loin s’en faut que ces hommes et ces femmes hors du commun se limitent effectivement à ces incapacités auxquelles le regard des autres, par peur et par ignorance, s’est souvent plu à les réduire pour mieux s’en tenir à l’écart, parfois les anéantir, ou s’épargner au moins les efforts que nécessite la fréquentation d’un être humain en difficulté. Fort heureusement de grands précurseurs ont su considérer tous les êtres humains dans leurs espérances communes, quelles que soient leurs aptitudes" et cet "accueil de tous par tous contribue à les grandir communément".