La Valeur de la vie



Marie Gaille - Editions les Belles Lettres - 2010 *


Marie Gaille, chargée de recherche au CERSES (Centre de recherche sens, éthique, société, du CNRS et de l’Université Paris Descartes).


L’auteur y décrypte les déterminations politico-historiques des débats contemporains sur la fin de vie. Ces dernières années, deux phénomènes ont modifié le regard que nous portons sur les liens entre médecine et société : la science a désormais la capacité de prédire à l’avance les malformations ou les maladies qui toucheront un enfant à naître, et elle s’est doté de moyens "de prolonger très longtemps la vie, donc les souffrances, de patients qui autrefois seraient morts ’naturellement’ ".


Cette évolution a entraîné la multiplication de situations interrogeant fortement la responsabilité des médecins, du malade et de sa famille. Des associations et comités d’éthique se créent donc afin de proposer des cadres de réponses à ces questions : faut-il donner, ou prolonger une vie qui s’avère invivable ? Qui possède le droit de la décréter invivable, et selon quels critères ?


Longtemps, le spectre de l’eugénisme du XXe siècle a écarté ces interrogations mais elles réapparaissent avec force à la demande de malades exigeant qu’on les laisse mourir ou qu’on les y aide. Tout en suivant une démarche d’épistémologie historique, l’auteur s’est plongée dans la pratique des médecins et dans la réflexion qu’ils mènent. Elle en fait un véritable examen anthropologique.


Marie Gaille en conclut que "le sentiment de ’valeur de vie’ est le plus souvent subjectif, et qu’on ne peut donc y lire une règle universelle", et que "même relatif, il ne saurait dicter un comportement aux médecins". Dans chaque cas, les réponses données sont motivées par d’autres critères, plus matériels : "les possibilités thérapeutiques, le projet, le retour au foyer".


Selon Pierre-François Moreau, c’est là le côté novateur du livre de Maire Gaille : là où les discours bioéthiques paraissent trop souvent "se situer dans le ciel d’une universalité abstraite, comme si ils ne concernaient que des sujets autonomes sans aucune dépendance extérieure, il s’agit ici de prendre en compte les déterminations réelles de la vie des malades, des familles et des médecins, [...] de rappeler que les uns et les autres sont des citoyens, et que la formation sociale où ils vivent n’est pas sans incidence sur leurs décisions".