« La vie en question » : un film mais aussi une aventure spirituelle très riche


Par Thierry Magnin


Edité par le groupe de travail des évêques de France sur la bioéthique.

le jeudi 19 février 2009.
Thierry Magnin
L’été dernier, pensant à la participation de l’Eglise catholique au grand débat sur la bioéthique programmé à l’occasion de la révision des lois en France en 2009 je me disais comme prêtre et scientifique qu’il serait peut-être utile en complément du livre des évêques sur le sujet de pouvoir dialoguer avec la société à travers un film documentaire large public. Et c’est ainsi que nous sommes partis dans l’aventure de faire un film pour mieux situer "La bioéthique au regard de l’Evangile" avec une équipe de production du centre lyonnais du cinéma et une réalisatrice stéphanoise. Très vite nous sommes tombés d’accord sur l’objectif du film.


L'introduire au débat, commencer à l’instruire en donnant d’abord la parole à des scientifiques de haut niveau de la manière la plus libre possible. Nous avons ainsi rencontré des biologistes et généticiens travaillant en thérapie génique sur les embryons humains et ou les cellules souches (Axel Kahn, Marie Odile Rethoré, Alain Fischer et Michel Vekemans) et ayant eux-mêmes des positions éthiques et des options religieuses et philosophiques très différentes, puis faire réagir des philosophes, généticiens et théologiens catholiques (Catherine Perrotin Xavier Lacroix, le cardinal Barbarin), et enfin entendre les réflexions de personnes investies dans le monde du soin : une sage-femme, un médecin échographiste, un médecin en centre de réadaptation pour enfants et jeunes atteints de maladies génétiques, un représentant d’associations de parents de ces enfants, des citoyens touchés par les questions sur la procréation médicalement assistée, le diagnostic prénatal ou le diagnostic préimplantatoire. Entrer dans la complexité des situations.


Nous avions préparé nos questions, peut-être trop stéréotypées, et bien vite nous avons commencé à entrer dans la complexité des situations dans l’accueil et la prise en compte de la souffrance concrète des couples stériles dans la constatation qu’il n’y avait pas, la plupart du temps, de réponse simple à un questionnement complexe. Nous avons vite compris que ces questions éthiques ne se réfléchissent vraiment que dans un chemin plein d’humanité et de délicatesse fait avec les personnes concernées. Ce chemin nécessite de prendre en compte les trois dimensions de tout jugement éthique équilibré : la dimension de la personne ou du couple dans son histoire, ses désirs et ses aspirations (dimension singulière), la dimension de la loi (dimension particulière) et la dimension des grands principes visant le bien commun (dimension universelle). Nous avons concrètement vu combien chacune de ces dimensions est importante en tension parfois avec les deux autres. Mais nous avons aussi compris l’importance de les prendre ensemble.


Certains d’entre nous se focalisaient sur la dimension singulière avec un désir profond de bien accueillir les personnes souffrantes dans leur histoire, au risque cependant de l’individualisme. D’autres se concentraient sur la loi avec un vrai désir de justice, au risque du légalisme. D’autres enfin ne regardaient qu’à partir des grands principes avec un louable souci du bien commun, au risque de l’idéalisme. Comment tenir les trois dimensions pour le service de la Vie de l’Homme, de l’Evangile ?


Un désir de "prendre soin de la vie". Nous restons marqués par la qualité de réflexion et la délicatesse de positionnement de nos interlocuteurs scientifiques, tous désireux quelles que soient leurs opinions de "prendre soin de la vie". En même temps, nous sommes impressionnés par les enjeux de ces décisions qui touchent au début de la vie. Sans cesse nous revient cette question "jusqu’où les techniques".


Moi qui suis scientifique et qui considère fortement l’apport de sciences et des techniques au développement de l’homme, je suis sans cesse renvoyé à cette ligne de crête entre "prendre soin et "se prendre pour le créateur". Je peux témoigner de la manière très profonde dont fut alors accueilli par notre équipe de tournage où se côtoyaient croyants et non croyants les grands points clés de l’Eglise catholique sur ces sujets abordés par les théologiens.


Beaucoup ont découvert, et mieux saisi, l’intérêt de ces positions de la vision de l’homme qui se dégage de sa dignité inaliénable y compris en ses commencements et de son unicité Ils ont tous dit l’importance qu’elles puissent être publiquement dites dans le débat de société qui s’ouvre même si l’on peut évidemment penser très différemment. Quand l’Evangile est proposé du dedans d’une recherche en vérité, "il apparaît dans sa Lumière sans s’imposer mais en ouvrant un chemin de mûrissement", un chemin d’humanisation.


L’Eglise se fait conversation. Tous nous avons perçu qu’en discutant du statut de l’embryon nous abordions en fait en même temps la question de l’origine de notre propre vie, non seulement en ces commencements, mais aussi "ici et maintenant". Qu’est-ce que la vie, d’où vient-elle, à qui appartient-elle ? Comment l’accueillir comme un don ? en ces temps où les techniques rendent l’homme de plus en plus apte à en prendre soin ; mais aussi à l’instrumentaliser !


Comme le disait le pape Paul VI au lendemain du concile Vatican II, quand "l’Eglise se fait ainsi conversation" avec le monde, elle vit un véritable service de la société tout entière dans une posture de dialogue sans naïveté. Puisse notre participation au débat de bioéthique, comme chrétiens et citoyens, être de cette même veine, celle qui a le bon goût de l’Evangile !


Thierry Magnin : prêtre et physicien, est professeur des universités et vicaire général du diocèse de St Etienne. Il a écrit le scénario du film "La vie en question" réalisé par Caroline Puig-Grenetier. Diffusé sur KTO, le lundi 23 février à 20h40, le DVD disponible à partir du 1er mars, au prix de 10 euros, auprès de l'évêché de Saint-Etienne.