Questions de bioéthique : le dialogue authentique, seul chemin sûr



Par Mgr Pierre d’Ornellas


Edité par le groupe de travail des évêques de France sur la bioéthique


Le lundi 22 juin 2009


De nombreuses situations de vie témoignent que la bioéthique est un mot lourd de significations porteur d’espérances ou d’angoisses suscitant des hésitations sur ce qu’il convient de faire, rempli de savoirs scientifiques complexes.


Dès que nous entrons dans les questions de bioéthique, deux réalités s’imposent à notre esprit : une innovation prodigieuse et un terrible face à face.


Une innovation prodigieuse. En 1978, Louise Brown est née d’une fécondation in vitro. Pour la première fois dans l’histoire humaine, des hommes ont produit un embryon humain en dehors du corps de la femme. D’ordinaire, celle-ci découvre l’existence en elle d’une autre vie humaine quelques jours après son commencement. Habituellement, elle la reçoit et l’accueille avec amour. C’est toujours une douleur pour elle - implicite ou explicite - de la refuser. Désormais, nous savons donc produire une vie humaine.


Nous pouvons ainsi répondre au désir d’un couple infertile. Nous avons acquis un pouvoir a priori sur cette vie humaine et nous l’exerçons selon nos fantasmes plus ou moins prométhéens, en pensant que nous avons tous les droits sur elle. Ceux-ci paraissent d’autant plus légitimes que nous voulons apaiser une souffrance. Qui dira la justesse et la limite de ces droits ?


Qui dessinera leurs contours pour qu’ils soient effectivement dignes de la condition humaine ? Qui permettra de connaître les devoirs auxquels nous sommes astreints en vertu de notre dignité humaine ? Un terrible face-à-face. La science fait merveille.


Grâce à elle des techniques de plus en plus sophistiquées sont mises au point. Tout semble réalisable : tout désir d’enfant peut être satisfait, tout savoir sur une destinée humaine est possible, toute maladie pourrait être guérie. Bref, les techniques sont toutes puissantes.


Elles imprègnent de leur rigueur et de leur froideur l’art médical. Nous assistons à un face à face entre des souffrances humaines et des techniques biomédicales.


Comme si nous pensions que des techniques ;étaient à la hauteur de souffrances vécues par une personne ! Une technique sait-elle prendre en considération une telle souffrance ? Nous assistons aussi au face à face entre le beau désir d’enfant et des techniques biomédicales qui le transforment en angoisse. Aucune technique n’est en elle-même à la hauteur du désir digne de la condition humaine. Des efforts sont faits pour humaniser la relation entre les personnes qui désirent ou qui souffrent et les techniques.


Comment trouver les justes chemins de cette indispensable humanisation ? Où situer les personnes humaines engagées dans l’art médical vis-à-vis de ces techniques ? Quelles procédures seront assez perspicaces pour respecter la responsabilité effective du personnel médical et la liberté véritable des personnes que ce personnel rencontre ?


Car, en définitive, seule la qualité humaine de cette rencontre doit être sans cesse promue pour que nous gardions confiance – une confiance raisonnable – dans ces techniques qui sont destinées à demeurer au service de l’homme dans sa dignité et sa vulnérabilité.


Un chemin est sûr : le dialogue authentique vécu dans l’écoute, le questionnement et la parole prononcée dans le respect et l’effort de la raison et de l’amour. Un dialogue où amour et vérité – jamais l’un sans l’autre – se rencontrent.


Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint Malo est président du groupe de travail des évêques sur la bioéthique.