Recherche sur les cellules souches embryonnaires : que penser de la décision des



Par Mgr Gérard Defois le jeudi 19 mars 2009, 16:01 - Edité par le groupe de travail des évêques de France sur la bioéthique


Le Président des États-Unis Barak Obama vient d’annoncer sa décision de financer par des fonds publics la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines. Et de célébrer avec éclat ce pas en avant vers une recherche scientifique en ce domaine par une manifestation à la Maison Blanche, recherche désormais sans tabous éthiques ou religieux et au bénéfice de nombreux patients souffrants de diabètes de maladies de Parkinson ou d’Alzheimer. Nul n’a oublié qu’il s’agit là d’une promesse faite durant la campagne électorale. Si la mise au point de thérapies nouvelles en ces domaines qui affectent un nombre important de nos concitoyens ne peut que nous réjouir dans notre volonté commune de servir la personne et sa dignité, le recours à des cellules souches embryonnaires, l’utilisation de vivants dont la destruction est inéluctable, ne laissent pas d’inquiéter. Dès maintenant et dans le déroulement de ces recherches au cours des évolutions techniques. Certes cela est déjà en cours aux États-Unis en des cliniques privées, nous dit-on, mais quel coût humain et financier devra en être "payé" ?


D’autant que la recherche sur des cellules souches adultes, et sans destruction du donneur offre d’autres perspectives satisfaisantes tant sur le plan thérapeutique que sur celui des exigences éthiques de respect de la vie humaine. D’autres traiteront mieux que moi des paramètres techniques. Mais nous nous devons de souligner les aspects politiques, culturels et éthiques d’une telle décision : Peut-il être raisonnable de vouloir qualifier et développer des services de santé pour tous et de privilégier unilatéralement par des choix financiers imposants des travaux aux contours si incertains et contestés ? D’autant qu’une partie de la population ne pourra accéder à des thérapies si onéreuses aux États-Unis. La raison politique est ici évidente :prendre le contre-pied de George Bush et récupérer un électorat et même une partie libérale du monde scientifique.


Lorsque le Docteur George Daley, chercheur à l’institut de Harvard sur les cellules souches ose clamer : "Je me sens vengé après huit années de lutte et je sais que cela stimule mon équipe de recherche", il dévoile ainsi le caractère militant de sa recherche et ce combat culturel est loin d’une rigueur scientifique qui sied à un tel objet. Nous sommes en pleine mythologie scientiste censée justifier toute expérimentation au nom de l’avancée de la science, rejetant dans la marge toute considération morale et spirituelle. Et le mythe scientiste poursuit son cours quand on célèbre comme le Président Obama semble le proposer dans une cérémonie cette libération des impératifs et des valeurs qui donnent un socle éthique à une société.


Pris entre les groupes de pressions scientifiques, les firmes commerciales du médicament, les quêtes d’approbation à fin électoraliste, le Président Obama est en position instable, il subit la tension entre l’opportunisme et la responsabilité. Il laisse entrevoir la fragilité de l’autorité politique en matière d’intervention éthique en nos sociétés libérales. La voie démocratique des assises prise par la France en ce domaine semble plus sage, plus humaine, plus attentive à la dignité de l’homme. Mgr Gérard Defois, évêque émérite de Lille, est membre du groupe de travail des évêques sur la bioéthique


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