Don de soi ou partage de soi ?



 Daniel Sibony - Odile Jacob (Poche) - Paris - 2004*


De la Shoah au Rwanda en passant par le Kosovo ou l’Algérie, devant l’éternel retour des scènes de violence exterminatrice, le XXe siècle laisse interdit et donne à réfléchir : comment peut-on infliger cela à l’autre ? Et surtout : que faire pour lui ? Pourtant, Daniel Sibony l’explique clairement : la confrontation à l’inhumain n’aide pas à poser correctement la question éthique de notre rapport à l’autre et à ce qu’il subit. Souffrant, autrui est difficilement pensable ; il se réduit à l’impératif d’être secouru. En témoigne la superficialité du discours humanitaire.


En témoigne également, mais d’une manière autrement plus profonde, les impasses de l’oeuvre d’Emmanuel Levinas. D’origine juive, Levinas fit de la question de l’autre, après la découverte de l’holocauste, sa préoccupation philosophique majeure.


Comment l’ego peut-il sortir de lui-même et rencontrer autrui ? La réponse du philosophe, aux accents christiques, est sublime mais intenable : l’autre n’existe que dans le don de soi. Se mettre à sa place et répondre de sa faiblesse, s’oublier soi-même pour se consacrer à lui : une morale de saint homme !


 La critique, ferme mais chaleureuse, de l’altruisme de Levinas conduit Daniel Sibony à esquisser, en s’appuyant sur sa culture analytique, une pensée de l’autre libérée du poids de la culpabilité.